"VÉZOVÈLE TUPOLECK" - Delphine PERRET

"Vézovèle habite dans l'espace.
il aime changer de forme.
C'est comme ça."

Vézovèle Tupoleck
  est donc un habitant de l'espace. Une entité débonnaire au sourire bienfaisant dont le passe-temps favori est d'incarner toute forme possible. Il joue avec les atomes comme avec de la pâte à modeler, ses contours et ses couleurs changent, sa ligne ne connaît pas de limite. Ni sa curiosité. En particulier envers les habitants de ce petit coin de terre tout bleu fiché dans un coin de l'univers...

"Parfois, Vézovèle regarde les humains.
Il s'assoit, simplement, sur un morceau d'astéroïde ou un nuage gazeux.
Et il observe."

Entre diverses activités sidérales aux côtés de ses amis Monsieur Clou, Yéléna ou le petit peuple de Pjozka, sa grande curiosité l'amène souvent à se glisser parmi les humains, tout en prenant bien soin de ne pas être repéré, pour voir un peu comme ils vivent, tenter de comprendre leurs coutumes, goûter aux frites et à la barbe à papa.

"Vézovèle va sur Terre de temps en temps.
Il trouve que les humains ont de drôles de têtes."

Avec un art consommé pour raconter des histoires alliant fantaisie, rire et grande intelligence, Delphine PERRET fait de son gentil Vézovèle une machine de joie intense, et un merveilleux outil à décentrement. Au cours de trois courtes histoires qui laissent une place immense aux formes et aux couleurs de tous poils - puisque Vézovèle aime changer de forme l'indétermination sera donc la règle - l'enfant est mené à observer son monde depuis le regard d'un être pour qui rien chez nous ne va de soi.

"Vézovèle a déjà croisé des humains.
Ils ont même voulu le découper en morceaux pour l'étudier.
Bien entendu, il s'est enfui avec tous ses morceaux."

L'inventivité autant que la cruauté humaines sont d'emblée passées au crible d'un personnage distant, puisque hors de ce monde, qui accorde lors de ses visites autant d'importance aux scientifiques qu'aux chiens ou à un match de tennis. L'Homme n'est plus au centre, ni sa culture, il retrouve sa place de petite curiosité parmi une infinité de modes de vies et d'existences.

La grande force de Delphine PERRET se concentre peut-être dans sa capacité, en faisant se rejoindre son discours et ses méthodes de dessin, à dire sans dire, à ne pas se préoccuper d'une fausse norme ici mise à mal sobrement. Elle intègre pleinement ce que l'on nomme l'altérité, rappelle avec le sourire que la différence est partout, et que la beauté du monde nous préexiste. Que l'on peut contempler sans coloniser, observer sans détruire. Rêver loin et habiter notre monde avec plus de douceur.

"- On va me demander de raconter tout ça en rentrant...
Et on enverra alors des vaisseaux, des navettes et des satellites, des journalistes, des scientifiques et des astronautes et la Plaine Placide ne sera plus jamais tranquille.
-... Peut-être, ne dis rien ?
- C'est une bonne idée. Je dirai que la Lune est grise et que les étoiles sont loin.
Belles mais loin."


Delphine PERRET, Vézovèle Tupoleck , 2020, Les Fourmis Rouges